S O N O F A B I T C H_

S O N O F A B I T C H_

Je suis un fils de pute.
Un fils de pute, tu sais ce que ça veut dire ? Ca veut dire que j'ai rien, rien à donner, rien à échanger, et rien à perdre. Je peux faire ce que je veux. Balancer des pierres sur des pauvres pigeons traînant dans les ruelles, frapper des jeunes et des moins jeunes, des vieux, des jeunes-vieux, tous y passent. Je frappe.
Je frappe tout ce qui passe, tout ce qui bouge. Je ne m'arrête jamais de frapper, ça me détend, je n'y peut rien.
Je hais les oiseaux, je hais la nuit, je hais le jour, je hais le soleil, je me hais. Je hais.
Je hais et je frappe.
Je hais, alors je frappe.
Il suffit que je me promène dans la rue, qu'une jolie fille m'accoste ou qu'elle ne m'accoste pas, et je frappe. Je frappe ses yeux, puis son ventre, ses pauvres petits seins, sa bouche. Je la fais saigner, jusqu'à ce qu'elle perde tout son sang. Et je la laisse là, je m'en fous.
Ca je sais faire, m'en foutre.
Je n'ai rien à perdre, puisque je n'ai rien.
J'ai une famille, je ne l'aime pas, je ne la hais pas. Je ne crois pas la respecter, puisque de toute manière, je ne respecte personne. Pas moi. Je ne respecte même pas moi.
Je suis pourtant la seule chose que j'ai. Ma seule appartenance, c'est moi, moi et mon corps, mes idées, mes poings.
Je les frappe aussi, et mes doigts, contre tout, instruments, murs, claviers.
Surtout les claviers, je les frappes à loisir, lorsque j'ai quelque chose à dire et lorsque je m'ennuie, lorsqu'il n'y a personne à abattre de mes poings roussis par les coups. Mes poings rouges et sanglants. J'en ai des égratignures, ça oui. Ce sont les cicatrice de chacun des coups que je donne.
Et j'en ai tellement, des cicatrices.

Il n'y a rien à faire de moi, je suis vide. Je n'ai pas de pensées, et souvent rien à dire. Mais j'écris quand même, parce que ça me défoule et qu'ainsi, j'oublie que je peux frapper ailleurs. C'est une bonne thérapie, je la conseille.
Mais à qui ?

Je ne crois pas que nous sommes beaucoup dans ma situation. Je ne crois pas qu'un nous soit formulable. Je crois que seul un je peut-être crédible et vraisemblable.
C'est peut-être mieux ainsi.
Après tout, je n'ai jamais eu la sensation d'être entouré de semblables.
C'est peut-être mieux ainsi.

Donc je frappe. Je préfère frapper seul, c'est une occupation purement personnelle. Je lance mon poing droit, mon point gauche. Je cris, je hurle, mais aucun son ne sort de ma bouche, cela se passe à l'intérieur de ma pauvre petite tête. Pauvre et petite. Mes poings ne le sont pas. Eux sont rouges, rouges sang, rouges écarlates, rouges toi. Toi et ta figure débraillée par les coups, toi que je ne reconnais plus. Je t'ai tellement frappé. Tu n'as jamais hurlé, toi non plus. Tu t'es toujours défendue du regard et cela n'a jamais fonctionné. Je suis aveugle, tu sais, aveugle à toute pitié, à tout sentiment. Aveugle à ta souffrance car moi je ne connais pas. Je ne sais pas ce que c'est, ou peut-être le sais-je trop.
Moi aussi je souffre, je crois. Pas certain –mais comment l'être, c'est toujours moi qui frappe... Mais moi aussi, avant, tu sais, j'ai été.
J'ai été ce que tu es, ce que tu es au présent je l'ai été au passé, il y a bien longtemps. Dans un style beaucoup plus noble, on pourrait dire jadis. Mais ce serait ne pas être honnête avec sois-même, je ne suis pas noble. Moi je suis moi, une saleté qui frappe, qui hurle mais que l'on n'entend pas.
Toi, toi non. Toi tu n'as jamais pu être une saleté, tu étais bien trop... Comment cela se prononce ? Pure, c'est ça ? Oui, sûrement. Je ne le redirai pas deux fois, c'est un mots qui ne me correspond pas assez pour que j'ai la force de le répéter. Car je suis égoïste, vois-tu, je ne parle qu'avec des mots que je peux ressentir en moi, sinon je n'y arrive pas..
Donc toi tu es. Tu es ce mot que je ne peux pas répéter parce que je ne suis qu'un pauvre salaud égoïste. Tu es ce mot que l'on qualifie habituellement de merveilleux, mais que, personnellement, je me permettrai de qualifier inutile. S'il te servait, cela ferait bien longtemps que ton visage aurait retrouvé sa couleur et sa forme. Je me trompe ?
Tu acquiesce, je considère ce pauvre mouvement inutile, là aussi, comme un oui. Un oui, tu ne sais dire que cela à mes question, espérant que je m'en contenterai et que je ne te demanderai plus rien, avec mes mots et avec mes poings.
Pauvre utopiste, tu crois bien trop à la vie.

Je te regarde. J'essaye de discerner tes yeux sous cet amas de bleus. J'essaye de me les rappeler, autant te dire tout de suite que la tâche n'est pas facile. Tu les avais bleus, je crois. Ou peut-être marrons. Tu les avais sombre. Aujourd'hui ils sont noirs, et de grosses veines rouges, roses, en ont pris possession. Il n'y a plus que cela, ta pupille a disparut.
Toi aussi, hein, tu as perdu la vue ?
Toi aussi, hein, tu as perdu la vie ?

Alors nous sommes deux.

Le droit, c'est avec le droit que je viens de te frapper, de te caresser. Tes veines ne me quittent pas du regard, elles me fixent. Elles ont un air de surprise et d'étonnement éternel qui me satisferont toujours, je n'y peux rien.
Je crois que c'est pour ça que je continu, que je continu à te détruire. Moi j'ai besoin de ces veines, tu comprends, de cette surprise qui ne les quitte jamais quand je lève la main. Tu n'y crois pas, n'est-ce pas ? Tu n'arrive pas à réaliser à quel point je suis mauvais, à quel point je t'aime et je suis mauvais, n'est-ce pas ? Mais pourtant, je l'ai dis. Je l'ai dis que je t'aimais, mais toi tu n'écoute pas.

Je t'ai suivi depuis tout à l'heure, partout où tu es allée, je t'ai suivi. J'ai marché lentement derrière toi parce que je savais que j'avais tout mon temps, je t'ai tenu la main dans mes pensées, et ta main était chaude. Je t'ai agrippé avec mes doigts, je t'ai retenu, fort, fort, mais toi, vieille folle, tu n'as pas voulu écouter. Tu n'as pas ralenti et alors j'ai du presser le pas.
Et je déteste cela, presser le pas. Tu ne savais pas ? Oh si, tu le savais.
Je te l'ai soufflé à l'oreille. Peut-être n'ais-je pas parlé assez fort, peut-être ne m'as-tu pas écouté. Peut-être et peut-être, cela fait trop d'incertitudes alors que moi, vois-tu, je suis sûr de ce que je ressens pour toi. Moi je t'aime, je t'aime, je t'aime. Je suis amoureux de ton corps, je le veux pour moi, le serrer contre moi, le détruire à point, le détruire jusqu'au bout, jusqu'à ce que tu gémisse, que tu pleure et que tu hurle. Que tu hurle combien tu souffre. J'ai besoin d'entendre tes cris car moi je ne les connais pas. J'en ai besoin, tu comprends ?
J'ai besoin de savoir ce que cela fait, d'avoir les os qui se détachent tous, l'un après l'autres, de son corps. D'avoir les muscles déchirés, la peau macérée. Tu comprends cela, tu le comprends ?
Non, et c'est pour cela que je te l'explique. Mais tu es difficile, même là tu ne comprends pas. Tu ne veux rien entendre et tes veines continuent à mes fixer inlassablement. Tu n'en a donc jamais marre, tu es infatigable, alors ? Comme moi, cela me plait.
Soit, alors je continu. Je continu à maltraiter ta peau blanche, tes cheveux blonds, tes pauvres yeux sombres qui ne sont plus qu'un amas rouge de supplications à mon égard. Et j'aime ça, vois-tu. Je n'y peut rien, c'est plus fort que moi. C'est comme une sorte de force qui m'empoigne, qui me meut, qui me prend, qui m'arrache toute raison et qui me guide vers tes cheveux, ta peau, tes joues, tes petits seins éclatés. Je te jette dans l'eau froide d'une flaque, je t'attache à un réverbère et te hurle dessus, et toi tu ne ferme jamais tes yeux.
Je cris, j'exhibe tous mon corps, je bouge dans tous les sens, je tourne autour de toi en courrant et toi tu me regarde. Je te décoche un coup dans la joue et toi tu me regarde. Tu bave du sang et me regarde. Les gouttes giclent de ton arcade et tu me regarde. Du sang coule de tes cils et tu me regarde encore.
Il n'y a donc rien que te fera pâlir...

Et que fera-tu si je me frappe, moi, avec mes propres poings ? Que dira-tu si je m'arrache les cheveux, si je tire mes paupières, si je me cogne le visage contre le sol, si je me tords le bras, si je... Tu ne fera rien non plus, n'est-ce pas. Tu ne dira rien, tu ne bougera pas, tu ne criera pas. Tu ne me dira pas d'arrêter, n'est-ce pas.

Je suis trop violent, je sais. C'est plus fort que moi, tu sais.
Oui, tu sais. Tu sais et je sais, ils savent tous, et c'est à chaque fois que je change de trottoirs que chacun ici, dans la rue, change à l'inverse. Aucun ne souhaite me croiser et cela me convient, je ne souhaite pas les croiser non plus. Je sais que sinon, je vais frapper.
Je ne sais pas pourquoi je hais. Je n'ai jamais su. Je suis né en haïssant mes parents, puis j'ai haïs mes camarades de classe, j'ai haïs mes professeurs. Alors j'ai frappé. Avec toute ma haine. Je n'ai jamais tué, j'ai toujours fais attention de ne jamais tuer personne. Je suis pas un meurtrier, vois-tu, j'ai mes propres limites.
J'ai bâti un territoire dont je me suis proclamé roi, et chacun l'a accepté. Je n'ai pas laissé le choix, j'ai juste imposé, et tous ont abdiqué. Cela n'a pas été bien compliqué, c'était, en vérité, à la portée de tout le monde.
Il n'est finalement pas bien difficile de gouverner, il suffit de montrer les crocs, les autres sont bien trop tranquilles pour oser faire face. Ils ont leurs vies, vois-tu. C'est ce qu'ils disent tous. Ils ont familles, enfants, petits-enfants et neveux. Ils ne veulent pas les priver d'un père ou bien d'une mère, cela serait bien trop bête de mourir ainsi. Détrôner un loup n'est pas à la portée de tout un chacun, c'est un acte noble et preux, qu'il faut réaliser avec la ferme conviction que l'on n'en reviendra pas.
Peu d'homme ont cette certitude.

Et c'est ainsi que j'ai construit mon royaume, et toi, agneau, tu n'es qu'un de ceux-là. A cela près que tu ne t'écarte pas, tu as tout juste accéléré l'allure tout à l'heure, et quand je suis arrivé tout près de toi, tu n'as pas bronché. Cela m'a offensé, comprends-tu ?
Pourtant, il t'aurait été si facile de t'écarter, je t'aurai à peine frappé. Ce soir je ne me m'étais pas levé pour toi. Je m'étais levé pour moi.
Mais tu ne t'es pas écartée, vois-tu. C'est dommage, tu étais bien jolie.

Enfin, trêves de bavardages inutiles, je parle je parle et toi tu vas finir par t'endormir de douleur. Et ce sera mettre fin à une distraction de dernière heure bien trop précieuse pour que je la laisse filer. Ne t'endors pas, veux-tu.
Tu ne m'écoute décidément pas. Un coup dans la mâchoire te réveillera peut-être, sais-ton jamais.
Et bien non.

Au fond c'est bien, tu es une des seules qui a osé me désobéir, depuis que ces rues sont miennes. Mais ne continue pas ainsi, je finirai par vraiment m'énerver, et alors tes seuls cris ne me suffiront plus. Il faudra que j'aille chercher de nouvelles brebis, qui sont pourtant bien au chaud et à l'abri dans leurs petites bergeries douillettes.
Ce n'est pas ce que tu souhaite, si ? Et bien, si. Soit, je m'occuperai de cela après, mais retiens que c'est de ta faute, je me porte pas responsable de tes petites bêtises, il ne manquerait plus que ça.
Allons enfin, arrête de jouer. Regarde moi.

Soit, tu m'oblige à avoir un geste à l'égard de mes proies qui ne m'est pas naturel. J'avance ma main droite et relève ton menton. Je sens pour la première fois la croûte qu'est devenu ton sang. C'est assez désagréable comme sensation, tu aurai pu au moins m'éviter cela.
Dieu que tu sens mauvais ! C'est immonde, comment peux-tu... Un tel affront méritera réprimande. Je m'en chargerai plus tard, si tu veux bien, si tu daigne faire un geste.
Et bien non. Tu es têtue, jeune bique, bien têtue et bien embêtante. Il n'y a donc rien dans ton regard sinon de vagues veines ? Elles se mélangent toutes, vois-tu. Elles sont comme la route qui a été la mienne, incertaine, croisant parfois d'autres routes mais n'allant jamais que par le même chemin, que pour arriver jusqu'au néant de tes pupilles... Qu'elles sont sombres, ces pupilles. Qu'elles sont noires.

Je ne sens aucun souffle, je ne respire aucune odeur buccale sinon celle de ta.
J'ai déjà senti cette odeur. Je l'ai déjà senti. Je la reconnaît.











Heureusement je n'avais pas oublié de le prendre, ce matin. Je ne me rappelle même pas l'avoir déjà sorti de ma poche. Il est froid, glacial, avec un goût âcre de stupidité. Je l'enfonce dans ma gueule, le mort avec force, avec haine. Ce soir je ne frapperai plus, j'appuierai.

Et j'appuie. Voilà.
Moi aussi, je saigne, vois-tu. Je saigne de derrière le crâne. La balle n'a pas mis bien longtemps à atteindre la fond de ma nuque, elle a traversé tout cela sans complication, n'a croisé aucune veines, ne s'est pas perdue. Elle était pour moi, celle-ci, vois-tu.
Il n'y en avais qu'une, j'attendais juste le bon moment.
Je respire une dernière fois l'odeur putride qui sort de ton corps inerte.



Je connaissais déjà l'odeur de la mort, ce soir, la tienne m'a offert mon dernier voyage.
Le loup est mort, jeunes gens, sortez vos brebis.



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# Posté le mardi 23 juin 2009 12:25

Modifié le mardi 23 juin 2009 13:59

O I S E A U P O U R U N S O U R I R E__

O I  S E A U P O U R U N S O U R I R E__
LE PRIX DE LA LIBERTE



L'oiseau s'envole. Epri de liberté, il balance ses lourdes ailes grises, battant le ciel comme l'on bat la mesure, ses griffes arrachant l'air sans laisser aucune trace, tel un ciseau finement aiguisé, aux airs de liberté.

Au cour de sa route, il croise quelques objets qu'il ne peut définir, objets appartenant à la race des humain, race unique et rejettée du ciel, rejettée de la mer, rejettée de la Terre. Envahissante, surtout...

Des objets inutiles, par-là un parapluie -car les hommes haïssent le ciel et tous ses fruits-, par ici un ballon coloré, gonflé d'Helium, comme le coeur des hommes, vide de sens et de sentiment.

Là, l'oiseau aggripe la longue ficelle de l'objet volant. Il l'entraine, le fait parcourir un chemin qu'il s'imagine immense, mais qui, pour nous, utopistes défaitistes, ne se révèle n'être que de quelques centimètres. Oiseau lâche la longue ficelle.

Et, par inadvertance sans doute, les griffes innoncentes et coupantes de Oiseau aggripent le ballon rouge. Ballon se perce. Helium s'échappe....
Deux perles salées tombent doucement du ciel, l'un de ceux que Oiseau appelle « autre race » s'essuie banalement la joue.

Un temps passe, et Oiseau ne pleure plus. Il ne peut pas passer sa vie à pleurer, elle est bien trop courte.
Alors Oiseau aux longues ailes de plus en plus grises, continue son vol, inninterrompu, inninterrompable, puisque infini.

Ses plumes s'agittent dans le ciel gris, la nuit tombe. Au loin, bien en dessous de sa gorge rouge, se prélassent les derniers humains. Quelques points de lumières s'allument, parfois de formes carrées, parfois plus rondes, adoptant des visages plus ou moins diformes (enfin, ce n'est que du simple avis d'un oiseau, rien de bien important).

Oiseau les contemple. Ces humains qui s'imaginent avoir tout inventé, oubliant qui donc a été l'auteur des auteurs. Oubliant qui les a forgé, de quoi sont-il nés, et pourquoi.
Pourquoi. Oiseau aussi se pose souvent cette question.

Pourquoi donc les hommes sont-ils apparus sur Terre ? Quelle est leur fonction ? Oiseau, lui, parcourt le ciel, s'y endors et s'y nourrit, y rêve, et s'en contente. Mais les hommes. Les hommes avaient la Terre, ils voulaient la mer. Sitôt qu'ils eurent la mer, voilà qu'ils quémendaient le ciel. Et à présent, les hommes veulent l'espace, les hommes veulent la Terre pour eux tout seuls, les hommes s'éliminent et éliminent.

Les hommes éliminent.

Alors Oiseau se questionne. A quoi bon éliminer ? A quoi bon tout faire disparaître aujourd'hui, puisque de toute façon, tout disparaitra demain...
Oiseau se dit que c'est pour le bonheur, que c'est là le prix d'un sourire, du sourire d'un enfant à qui l'on a tant promis, d'un vieillard qui s'est lui-même tant promis. Du prix des promesses, des promesses de bonheur.

Pour le prix d'un sourire, l'on enlève à Oiseau son ciel. Pour le prix d'un sourire, l'on enlève à Poisson sa rivière. Pour le prix d'un sourire, l'on enlève à Enfant sa Terre. Pour le prix d'un sourire, l'on offre à Oiseau, à Poisson, à Enfant, le prix de la misère.
Le prix de la misère, Oiseau le sens à sa poitrine.
Oiseau y sens la griffe, une de ces griffes d'homme, qu'ils jettent dans le ciel.
Une de ces griffes longues, dont le coeur est fait de poudre.

Ainsi, pour un unique sourire, Oiseau a perdu le sien.




# Posté le jeudi 06 novembre 2008 15:17

A L C O O L__

A L C O O L__
Alcool

Cette eau vive qui vous pènétre l'oesophage
Et tombe dans votre corps avec un bruit mat
La source primaire de vos premiers naufrages
Le teint blafard et l'âme en asphalte

L'asphalte qui court et puis qui fuis
Qui fuis et puis qui entre à l'intérieur
De vos lèvres charnues et paisibles
De vos yeux sans joies, sans larmes et sans peur

L'air est doux quand il est faux
La place paraît si belle et c'est comme si
La l'âme sans reflet, cette lame, cette faux
Vous tranche la peau, l'alcool murît

Dans vos mains, plus de verre
Lorsque vous les portez à votre taille
C'est que votre corps entier vous tenaille
De le laisser tranquille, de le laisser crever

Crever en vain il faut
S'éteindre et vaincre les maux
Voir et puis entendre sa peau
Qui hurle en silence votre plus gros défault

Défault vous l'étes soyez-en sûrs
L'âme en péril ne se mesure
Qu'à l'être qui la tient, l'être qui la contient
L'être imbécile l'être inconscient

Rougissant l'être qui se regarde
Pour la première fois dans le miroir de son âme
Porte à ses lèvres le verre, prend garde
Mais n'apreçoit pas le précieux sourire et
Son précieux calme

Le calme de celui qui boit
De celui qui voit
Celui qui fuis
Et prie.

L'alcool pénètres ses reins mais en vain
Il ne peut plus rien, l'être sans fin
S'éteind aujourd'hui le ventre plein
De crépuscule, de nuages noirs, s'éteind enfin


En vain.
Alcool, tu ne suffisait point.
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# Posté le samedi 27 septembre 2008 15:23

MY_GIRL_MY_GIRL

MY_GIRL_MY_GIRL
REGARD et BARRICADE





Je m'appelle K. J'ai 16 ans et des poussières. Je suis jeune. Je suis idiote. Je n'ai rien d'interessant à vous apprendre. Enfin si, je ne sers à rien.

Je fume, oui. Je bois, oui. J'écris, aussi.
J'écris sur tout, sur tout ce qui bouge, sur toutes les matières, sur tous les murs, avec tout et n'importe quoi : crayon, cigarette brûlée (la cendre reste collé aux murs, parfois, quand les mots sont assez attractifs), bombe de peinture, vieux ciseau trempé dans l'encre, plume de corbeau, couteau, fusain... La liste est longue.
J'écris de tout, déjà vu, trop vu, jamais vu, et même de l'invisible, parfois.
J'écris en buvant, j'écris en fumant, j'écris en pensant, j'écris en mangeant, j'écris en écrivant.
J'écris pour rien, j'écris parce que j'ai perdu ma mère, j'écris parce que je suis une imbécile, j'écris parce que je n'ai jamais rien compris, moi, à la vie.

Et d'abords, c'est quoi la vie ? A quoi ça se rattache ? Est-ce que c'est un fil, comme disent certain, un film, comme disent d'autre, un jeu, une tâche, un devoir, un droit, un ennui.
A quoi ça sert la vie ? Ca sert à vivre.
Oui, d'accord. Je vis. A quoi je sers, alors ? Tu sers à vivre.
Et ça sert à quoi, alors, de servire à vivre ? Ca sert à... Oh, t'es vraiment trop conne.

Oui. C'est ce qu'ils disent tous. Ils disent que c'est pour ça que j'me suis retrouvée ici. Que c'est pour ça que je ne peux plus écrire qu'avec des graviers, que c'est pour ça que je dois les cacher quand les gardiens viennent, que c'est pour ça qu'ils m'ont changé de chambre, que c'est pour ça que je me suis faite tabasser comme une ordure. Que c'est pour ça que j'ai jamais réussi. Que c'est pour ça que le canot est parti sans moi.
Et je ne dis pas paquebot.

Quoi, vous pensiez vivre sur un palace maritime ? Vous vous imaginiez toute votre vie avec le martini dans la main, les chips dans l'autre, le ventre doré au soleil, les épaules rouges. Vous pensiez que vos gamins réussiraient, qu'en les aidant un peu, de temps en temps, ça irait... Qu'en leur préparant de bon petits plats et en veillant à leur santé, tout irait...
Mais réveillez-vous. Ouvrez les yeux et contemplez. Contemplez comme le monde est beau, comme vos enfants sont beaux, comme leur vie future est belle. Les oiseau chantent, écoutez.

Non, ils pleurent. Ils couinent, ils miaulent de désolement. Le desespoire. Aujourd'hui on a plus que ce mot-là à la bouche.
Alors le paquebot, hein, ça va.



Et moi, regardez. Vous croyez que j'ai réussi, moi ? Non, sans blagues, vous imaginiez cet avenir pour vos gosses ? Et maintenant, vous réalisez.
Tous crient au secours, aujourd'hui. Les chansons, les livres, les mots, les notes, les films, les scénarios, les acteurs et leur producteurs. Les patrons, les employés, les ouvriers, les fonctionnaires, les milllionaires, petits-fils de millionnaire, et toutes leur progénitures gâtées et dodues. Tout ce fric pour rien. Rien.
Ecoutez, regardez.

Certains continuent à ne pas voir, se font aveugles, myopes ou astigmates.
Ils continuent à espérer, ce sont des optimiste, des utopistes, ils pensent que le monde n'a pas fini de nous montrer tous ses visages.
Mais non, le monde n'en a qu'un, c'est tout le temps le même, c'est celui-ci. Le monde n'a qu'un visage humain, qui nous montre sa joie et son desespoire, ses larmes et son sourire, la pluie et le beau temps, le beau temps après l'hiver, la douche chaude après la douche froide.

La douche froide.
Celle qui m'attend chaque matin, quand je ne la loupe pas, quand les douches ne sont pas trop sales, quand un pensionnaire n'a pas pissé à ma place.
La bouffe froide, aussi.

Ah, elle a bien changé, la nourriture de maman. Avant c'était le poisson-épinard qu'on rejettait avec dégout, aujourd'hui c'est la bouilli de féculent dont on rêve tous les matins. C'est le rêveil à cinq heure et les baffes dans les couloirs. C'est le habits qui sentent mauvais. Enfin les habits. Les torchons.
C'est la vaisselle sale, les mains sales, les pieds sales, les cheveux sales, le coeur sale.
C'est les poux, la maladie, les toux et puis les rhumes.
C'est rien, maintenant.
J'ai appris à me soigner seule.




___________________
Je viens d'écrire la date sur le mur. Samedi 5 juin. Ca fait 2 ans.
J'ai encore Nirvana dans la tête. C'est ce que j'écoutais quand ils sont venus.
My girl, my girl, don't let me now.

C'est trop tard, là, ma fille, c'est trop tard.
Je suis déjà partie.
My girl, my girl, don't let me. Tell me where did you sleep, last night.
Hier, pauvre ignorant.


Hier je dormais en taule.

# Posté le samedi 26 avril 2008 15:41

A dire vrai je n'ai plus aucune conscience, et j'agis comme je respire. Sans savoir pourquoi.

A dire vrai je n'ai plus aucune conscience, et j'agis comme je respire. Sans savoir pourquoi.
Mélancolie
SOUVENIRS







Je pense à tout ça.
A mon chien sur les genoux, à demi aveugle.
A mon chat en train de crever, dehors.
A ma soeur qui sort sans prévenir personne.
A ma mère qui s'inquiète et qui pleure.
A mon père qui m'envoie des remarques parce qu'il arrive pas à gérer.

Je pense à ce que l'on était avant. Avant ça.
J'essaye de savoir ce qui a déclenché tout ça.
Je ne comprends plus rien. Je n'ai envie de rien.
Je ne veux voir personne, parler à personne, être avec personne.

__Enfin si. J'ai envie d'être avec ceux avec qui je suis bien. Ce qui me connaissent depuis très longtemps. A qui je n'aurais pas besoin de tout ré-expliquer depuis le début.
J'ai envie d'être chez C, avec S, F et S, et manger tous les kinder-bueno possible, vider le pot de nutella à la cuillère, aller jouer à la Wii, monter à l'étage et me cogner la tête contre le plafond, parce que je ne me souviens jamais que je suis trop grande.
__J'ai envie d'être à Paris avec ma Cousine, de donner à manger au pigeons en les traitant d'imbéciles, de discuter jusqu'à cinq heures et demie du matin de tout et de rien, de faire des courts métrages idiots, d'écrire des parodies, de petit-déjeuner le matin devant Bob l'éponge, de déjeuner avec son père devant les infos, des pattes et du jambon, d'avoir les grands-parents qui viennent et qui ralent parce qu'on fait trop de bruit.
J'ai envie d'aller à la plage avec mon cousin et de le noyer pour rigoler, de faire des concours d'apnée même si c'est dangereux, de dessiner pendant qu'il nage avec mon père.
__J'ai envie que M revienne et qu'on joue comme quand on avait douze ans, et qu'on aille dans le quartier avec C, et qu'on laisse des lettres parfumées à des garçons qu'on trouve beau, et qu'on sonne chez des gens, et qu'on se fasse attraper, qu'on invente que c'est pour une association mais que finalement on doit rentrer on a pas le temps d'expliquer au revoir monsieur. Qu'on parte en courrant et en rigolant. Qu'on se fasse courser par des jeunes plus grand que nous, en scooteur. De pleurer parce que j'ai peur, et puis d'exploser de rire parce que je suis vraiment ridicule, c'était pas sérieux. J'ai envie d'enfermer C dans mon jardin, pendant que je mange le pot de Nutella devant elle, à la fenêtre. Et qu'elle parvienne à rentrer. Qu'elle me parfume partout avec Oust WC, que je sente super mauvais. Et qu'elle aussi m'enferme, et rebelotte.
__J'ai envie de faire des photos des gens que j'aime et les afficher sur tous mes murs.
J'ai envie de retourner en troisième B, d'être en cours avec Mme M, de me moquer du prof de physique en disant que quand on le regarde on voit juste un nez, et qu'il soit derrière moi juste au moment où je dis ça. J'ai envie de me retourner et de pas savoir si je dois baisser les yeux ou exploser de rire. Finalement faire les deux en même temps. J'ai envie de sécher les cours d'SVT pour aller acheter des bonbons à Spar avec toute ma classe, et de me pendre par les pieds à un jeux interdit au plus de sept ans. De faire ma révolutionnaire avec mon paquet de chips à la main. De me renverser du coca dessus parce que je rigole trop. De courir après S pour lui arracher les cheveux. De râler. De passer derrière les sixièmes pour aller manger, sans se faire voir sinon c'ets une heure de colle. J'ai envie d'être collée et d'écrire un poéme au ton ironique et moqueur, dont l'héroîne serait la surveillante qui m'a envoyé en retenue. J'ai envie de faire rire les autres parce que je cris dans le CDI. J'ai envie de voir R et C et S lancer des trousses par dessus les étages du même CDI. J'ai envie d'y jouer aux courses de chaises, et d'être balancé sur un plus grand que moi bien trop beau. J'ai envie de rougir et d'exploser de rire, et d'être regardé comme une idiote. J'ai envie de m'en foutre.
__J'ai envie de passer mes heures d'études sur l'herbe, au soleil. Et d'inventer des chorégraphies, les danser comme une imbécile. De toujours pas connaître les pas après trois explications. J'ai envie de faire trop de bruit dans les couloirs, de danser comme une dingue à la boom de noël, d'être en débardeur en plein hiver, de danser sur Cascada ou TribalKing, de courir en tee-shirt sous la pluie, à trois clanpines dehors, d'être rejoint par J et S, et puis F qui me dit que je suis complétement timbrée, et C qui suit. J'ai envie de jouer avec un faux piercing en cours de Français, d'exploser de rire quand je vois que tout le monde me regarde, d'éternuer en même temps. De voir la prof de Français à demi morte de rire. De voir F qui pleure de rire. Et tous les autres. J'ai envie de jouer aux cartes en cours, et quand la prof arrive, tout laisser tomber. Ne pas me faire engueuler, parce qu'elle ne connaît même pas mon prénom.
__J'ai envie de jouer aux cartes en Anglais et en Art-Plastique, et taper sur tout le monde si je perds. J'ai envie de retourner sur ce terrain d'herbe pendant les heures d'études. De me battre avec F et C, et après une heure entière, d'avoir le maquillage qui coule et les jambes qui tremblent. J'ai envie de rentrer chez moi et d'être suivie des yeux par cet expèce de gnome. J'ai envie de sauter sur les lits de l'infirmerie avec F, et que tous les quatrièmes entrent dans la chambre, nous regardant bizarrement. J'ai envie de connaître tout le monde et d'avoir tous les droits. J'ai envie de retourner au CDI, de dire que Mme T devrait vraiment se brosser les dents, et arrêter le café. J'ai envie de piquer les clés de la salle du piano et de jouer trop fort. De me faire virer du CDI, en sachant que je peux revenir quand je veux, si je fais les yeux doux.
J'ai envie de râler contre la nourriture dégueulasse de la cantine. De râler contre les profs et le Brevet. J'ai envie de re-pleurer parce que je vais quitter ma classe, parce que je vais quitter F, S et S. J'ai envie d'envoyer des claques à R parce qu'il m'a collé un tatouage dans le dos. J'ai envie, j'ai envie.




Faire un bon dans le passé parce que mon présent ne me plait pas, et parce que mon futur m'horrifie.
J'ai pas envie de retourner au lycée et de passer toutes mes épreuves en commun. J'ai pas envie de revoir F une semaine pour la perdre après. J'ai pas envie que F fasse comme si on s'était jamais connus. J'ai pas envie que ma situation familiale déjente au fur et à mesure. J'ai pas envie que mon père s'énerve.

J'ai pas envie que mon chat meurt.
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# Posté le mardi 22 avril 2008 15:47

Modifié le jeudi 24 avril 2008 06:26